Chronique Manga : Sengo Vol.1 et 2

Voici une excellente surprise chez Casterman/Sakka, Sengo de Sansuke Yamada. L’histoire se déroule dans le Japon d’après-guerre avec des protagonistes vraiment touchants. Cette nouvelle série est un de mes coups de cœur de ce début d’année. Les deux premiers volumes sont sortis le 29 janvier 2020, pour le Festival International de la Bande-Dessinée, qui accueillait d’ailleurs l’auteur.

1945, le Japon est vaincu. De retour au pays, deux soldats qui se sont connus sur le front, le bonvivant Kadomatsu et le désenchanté Toku, se retrouvent par hasard dans un Tokyo détruit et occupé par l’armée américaine. Entre débine et combines, marché noir et prostitution, la question quotidienne de la survie est si cruciale qu’elle éclipserait le désespoir chevillé à ces âmes vaincues. Malgré tout, au fil des nouvelles solidarités qui se nouent dans l’adversité, c’est bel et bien la vie qui regagne du terrain.

L’histoire dépeint le quotidien terriblement difficile des japonais dans un Tokyo en ruine, juste après la fin de la 2nde guerre mondiale. Kadomatsu, une sorte d’ours fraichement débarqué du front, retrouve son ancien supérieur Toku, qui se noie à longueur de journée dans les vapeurs de saké. Ce dernier va lui expliquer comment se déroule la vie dans cette ville détruite. La relation entre les deux soldats est très bien dépeinte, entre camaraderie et respect, et on apprécie de voir ce duo sillonner la ville en quête de rations. Car l’histoire est quand même dure et la survie est au cœur des préoccupations des différents personnages que l’on croise : chasse aux chiens pour ajouter de la viande au bouillon, réseau de prostitution… Les personnages croisés au fil des chapitres tiennent un rôle important et font ce qu’ils peuvent pour survivre. Entre un vieil alcoolique fou, les 4 filles soudées d’un bordel ayant chacune une histoire difficile, un petit garçon dont le travail est de récupérer les mégots de cigarettes : chaque histoire est un moment fort, et le plus souvent dramatique.

Le second volume est centré sur la fin de la guerre, en Chine occupée. On y suit la formation de l’escouade commandée par Toku. Une relation de confiance s’instaure entre ce jeune sergent-chef fraichement arrivé une équipe composée de nouvelles recrues apeurées et de baroudeurs en froid avec la hiérarchie. Le point de vue de Toku, très idéaliste et censé, permet de montrer l’absurdité de cette guerre, et surtout de voir le comportement stupide et raciste de certains commandants peu soucieux du sort des chinois et même de leurs propres soldats. Les femmes tiennent aussi une place importante dans ce volume, notamment en la présence d’Ukiko, femme de réconfort dans un bordel réservé aux officiers. D’ailleurs, j’ai trouvé le passage d’Ukiko à la p89/90 vraiment beau et touchant, où elle y décrit finalement le destin de ces femmes.

Ukiko, personnage marquant du 2nd volume

J’aime beaucoup le dessin qui est vraiment singulier (avec un petit carré en guise de reflet sur le nez). Les personnages sont très bien dessinés. Les décors sont peu présents, mais cela ne dérange pas, vu que l’histoire est centrée sur les personnages.

Côté éditeur, le travail est impeccable. Je trouve que la traduction est très bien soignée, avec un langage assez fleuri, surtout en ce qui concerne les passages au lupanar. A noter, les pages couleurs bien rendues en début du premier volume.

Avec Sengo, j’ai eu droit à ma deuxième grosse surprise de l’année. L’histoire est forte et ancrée dans un contexte terrible (fin de 2nde guerre mondiale en Chine occupée et dans un Tokyo dévasté après la capitulation). Les personnages sont remarquables et je trouve intéressant que le sort des femmes de réconfort soit abordé. Cerise sur le gâteau, j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer l’auteur Sansuke Yamada lors d’une séance de dédicaces au FIBD.

Magnifique dédicace de Sansuke Yamada
ÉditionTrès bon travail de traduction
Histoire et dessinUn bon bol de soupe Popeye bien rempli à 4 yens avec un peu de viande en rab
  • Le quotidien difficile dépeint dans le Japon d’après-guerre
  • Les personnages sont attachants
  • L’histoire est sombre
  • Mais chaque protagoniste essaye de s’en sortir, du mieux qu’il le peut
  • Le regard porté sur les femmes en cette période
  • Tombeau des lucioles (Kazé) : film d’Isao Takahata qui narre la vie d’un frère et d’une sœur après la 2nde guerre mondiale. Un film très dur et émouvant.
  • L’île de Giovani (Kazé) : film de Mizuho Nishikubo sur l’histoire d’amitié entre deux jeune enfants, l’une russe, l’autre japonais, après la capitulation du Japon, sur une petite île au Nord d’Hokkaido. Une très belle histoire aussi.
  • Opération mort (Cornelius) : one-shot en grande partie autobiographique de Shigeru Mizuki, sur le combat et la survie d’un petit groupe de soldats en 1943, en Papouasie-Nouvelle Guinée. Prix du patrimoine au FIBD d’Angoulême en 2009.

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